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Anxiété : Tenir un poste exigeant quand on fonctionne autrement

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Il est 22 heures. Vous avez relu le même mail quatre fois, vérifié les chiffres une cinquième, et vous hésitez encore à appuyer sur « envoyer ». Demain, il y a cette réunion. Vous la jouez déjà dans votre tête, dans tous les sens, avec toutes les façons dont elle pourrait déraper.

Si vous vous reconnaissez là, vous n’êtes pas seul. Et vous n’êtes pas en train de mal faire votre travail.

Chez les adultes autistes, l’anxiété est très présente : près de la moitié traversent, à un moment de leur vie, un véritable trouble anxieux. Quand on occupe en plus un poste à hautes responsabilités (direction, management, expertise critique), les sources de tension s’additionnent. La charge cognitive est lourde. L’exposition sociale est permanente : réunions, négociations, une équipe à porter, des jeux politiques internes. L’incertitude est constante, alors même qu’on s’appuie volontiers sur la prévisibilité et sur des repères stables. Et chaque décision pèse, parce qu’une erreur peut coûter cher.

Ajoutez ce qui fait votre fonctionnement : une sensibilité sensorielle qui transforme l’open-space en bruit de fond ininterrompu, une attention au détail qui anticipe tous les scénarios, un coût énergétique élevé dès qu’il faut interagir longtemps. Aucune de ces caractéristiques n’est un défaut. Ce sont des manières d’être, souvent précieuses. Elles deviennent une source d’anxiété surtout quand l’environnement ne s’y ajuste pas.

Je le dis autrement, parce que c’est le cœur du sujet. L’anxiété que vous ressentez n’est pas le signe que vous n’êtes pas à votre place — c’est, le plus souvent, la rencontre entre une façon de fonctionner et un cadre qui n’a pas été pensé pour elle.

Concrètement, ça ressemble à quoi ? À des ruminations qui tournent le soir et le week-end, sans bouton « pause ». À une anticipation catastrophe avant chaque prise de parole. À ce besoin de tout vérifier, plusieurs fois, qui allonge les journées sans fin. À l’impossibilité de déléguer, parce que lâcher un dossier revient à perdre le contrôle. Et souvent, à une vraie difficulté à dire non, à poser une limite, à signaler qu’on est en surcharge, de peur de passer pour incompétent.

Le corps suit : sommeil haché, tensions, une fatigue qui ne se répare plus. Vu de l’extérieur, tout cela peut passer pour de la froideur ou un manque de leadership. C’est rarement ça. Le plus souvent, c’est une anxiété intense, sur un terrain particulier, que personne autour de vous ne voit forcément.

Laissée sans rien, cette tension finit par user. Le risque d’épuisement est réel, et beaucoup d’adultes autistes très compétents finissent par quitter des postes qu’ils tenaient pourtant très bien, simplement parce que l’environnement était devenu invivable. Ce n’est pas une fatalité.

Alors, par où commencer ? Pas par la situation. Par vous.

La première chose, c’est d’observer ce qui se passe vraiment à l’intérieur, au lieu de rester happé par la liste des choses à gérer. Quand la pensée « si je rate ça, tout s’effondre » arrive, on peut apprendre à la voir pour ce qu’elle est : une pensée, pas un fait. Je remarque qu’elle est là, je comprends pourquoi elle monte, et je n’ai pas à la suivre aveuglément.

C’est précisément le terrain des thérapies cognitivo-comportementales, quand elles sont adaptées au fonctionnement autiste : un langage concret, des supports écrits, du temps pour comprendre ses propres réactions, des mises en situation préparées plutôt que de grands raisonnements abstraits. Des programmes récents pensés spécifiquement pour les adultes autistes, comme le PAT-A (Personalised Anxiety Treatment-Autism), montrent que cette approche est réalisable et qu’elle aide. Les effets sont réels, même si la recherche sur les adultes reste jeune, et il faut le dire honnêtement.

Et puis il y a l’environnement, qui compte tout autant. Cartographier ses sources de stress et ses appuis dans l’entreprise. Négocier, petit à petit, quelques aménagements à fort impact et faible coût : la façon dont les réunions sont organisées, un canal de communication clair, des plages de travail protégées pour les tâches qui demandent de la concentration. Et, en parallèle, vous tenir à une récupération stricte : des moments réellement coupés du travail, qui sont la condition pour durer.

Vous êtes le sujet central de votre vie professionnelle, pas votre poste. Personne ne vit vos journées à votre place, et personne ne ressent à votre place cette tension qui monte. Revenir à vous, observer, ajuster ce qui peut l’être : c’est là que tout commence. Ce mode de fonctionnement se travaille — et il se travaille d’autant mieux qu’on cesse d’y voir une faute personnelle.


Pour aller plus loin

  • A Pilot Randomised Control Trial… Personalised Anxiety Treatment-Autism (PAT-A) — https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11461680/
  • « I did what I could to earn some money and be of use » : autistic people’s journeys to career success and fulfilment — https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11967104/
  • Adapting Psychological Therapies for Autism — Therapist Experience, Skills and Confidence — https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6150418/
  • Diagnosis and Treatment of Anxiety Disorders in Autistic Patients: A Case Report — https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11737939/
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Eric Serpi
Eric Serpi Thérapeute cognitivo-comportemental (TCC)

J’accompagne cadres et dirigeants à hauts fonctionnements — HPI, TSA, TDAH, hypersensibilité — vers plus de régulation émotionnelle et d’autonomie. Visio sécurisée, Europe.

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