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Le second masque : ce que les réseaux sociaux demandent à un cerveau déjà intense

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Vous rentrez d’une journée dense. Réunions enchaînées, décisions à prendre, une équipe à tenir, des messages qui n’attendent pas. Vous vous posez enfin, vous attrapez votre téléphone. Pour souffler. Pour décompresser cinq minutes.

Une heure plus tard, vous êtes encore là. Et vous vous sentez plus vidé qu’avant.

Si vous vous reconnaissez là-dedans, sachez d’abord que c’est très courant. Pour n’importe quel cerveau, le flux continu des réseaux est éprouvant. Mais pour un esprit déjà intense, un fonctionnement HPI, autiste, TDAH, ou simplement très sensible, qui occupe en plus un poste où la pression ne retombe jamais vraiment, les conditions s’additionnent d’une manière particulière.

Et il faut le dire clairement, parce que rien n’est tout noir : les réseaux vous apportent aussi de vraies choses. C’est souvent là que vous avez mis des mots sur votre fonctionnement, que vous vous êtes senti compris, parfois pour la première fois. Des communautés entières partagent vos difficultés, votre vocabulaire, vos journées. C’est précieux, et personne ne devrait vous demander d’y renoncer.

Tout se joue ailleurs. Dans la dose, et dans ce que votre cerveau fait de ce flux.

Parce qu’un cerveau qui filtre mal les stimuli, qui creuse un sujet dès qu’il l’accroche, qui lit chaque commentaire jusqu’au bout, reste exposé bien plus longtemps que les autres. Le défilement sans fin, les notifications, le renforcement intermittent, cette promesse qu’une nouvelle chose pourrait toujours surgir, agissent sur le système de récompense d’une façon qui rappelle, en partie, certaines addictions comportementales. Vous le sentez bien : vous voulez arrêter, et vous n’y arrivez pas tout à fait.

Et puis il y a quelque chose de plus discret, qui coûte énormément.

Au travail, beaucoup d’adultes neurodivergents passent leurs journées à jouer un rôle : moduler ses expressions, soutenir un regard, masquer la fatigue sensorielle, donner le change. On appelle ça le camouflage, et c’est épuisant. En ligne, souvent sans s’en rendre compte, on enfile un second masque. Tenir une image cohérente, lisible, à la hauteur. La belle publication sur la neurodiversité, le profil maîtrisé, la version de vous qui semble tout gérer.

Sauf qu’à l’intérieur, le vécu est tout autre. Le cerveau surchauffe, les nuits sont courtes, et l’écart se creuse entre le personnage en ligne et la personne réelle. Deux masques l’un sur l’autre, ça use vite.

S’ajoutent les comparaisons permanentes, ces réussites affichées et cette productivité apparente, la peur de rater une information ou une occasion, et cette petite voix qui souffle : « Si je ne réponds pas tout de suite, on va penser que je ne suis pas à la hauteur. » La pensée arrive vite, presque automatiquement. Et elle commande des comportements : on vérifie, on recommence, on reste joignable jour et nuit.

Je vous propose de regarder cette fatigue autrement. Ce n’est pas un défaut de volonté. C’est un signal. Votre système vous dit qu’il y a trop d’entrées, trop d’attentes, pas assez de récupération. Le besoin de vous retirer, de couper, de retrouver du silence n’est pas une faiblesse à corriger : c’est un ajustement juste, une façon de protéger un fonctionnement qui réclame plus de repos que la moyenne.

À partir de là, on peut travailler concrètement, et c’est exactement ce que propose une thérapie cognitive et comportementale. Pas pour vous transformer, ni pour vous rendre « performant ». Pour comprendre le mécanisme et reprendre la main.

Cela commence souvent par une observation toute simple : quand attrapez-vous votre téléphone, et pourquoi ? Par ennui ? Pour éviter une tâche ? Pour calmer une montée d’anxiété ? Rien que de regarder ça, sans se juger, change déjà beaucoup. Ensuite, on examine les pensées automatiques, celle sur la disponibilité permanente par exemple, pour les remplacer par des versions plus justes : « Je peux répondre dans un délai raisonnable. Ma valeur ne tient pas à ma présence vingt-quatre heures sur vingt-quatre. »

Et on teste. On réduit sa présence sur une plateforme pendant une semaine, et on observe ce qui se passe réellement : sur le travail, sur le regard des autres, sur le niveau de stress. Le plus souvent, le monde ne s’effondre pas. Les recommandations cliniques sur l’autisme, celles du NICE notamment, vont dans le même sens : un rythme plus lent, des appuis concrets, des situations réelles plutôt que de grands principes abstraits.

Au fond, tout revient à un même geste. Réapprendre à écouter vos signaux à vous, plutôt que les discours dominants. Vous êtes le sujet central de votre propre vie, et personne ne la vit à votre place. Les réseaux ne sont qu’un outil. La vraie question, c’est de savoir s’ils servent votre fonctionnement, ou s’ils le dirigent.

Ce type de déséquilibre se travaille. Tranquillement, à votre rythme.


Pour aller plus loin

  • Social Media and Social (Dis)Connectedness in Autism and Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Systematic Review — https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/25739581261435559
  • Problematic Social Networking Site use — effects on mental health and the brain (Frontiers in Psychiatry) — https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyt.2022.1106004/full
  • Converging Representations of ADHD and Autism on Social Media (Journal of Medical Internet Research) — https://www.jmir.org/2025/1/e70914
  • Autism: management and support (NICE Clinical Guideline 170) — https://ep.bmj.com/content/100/1/20.full
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Eric Serpi
Eric Serpi Thérapeute cognitivo-comportemental (TCC)

J’accompagne cadres et dirigeants à hauts fonctionnements — HPI, TSA, TDAH, hypersensibilité — vers plus de régulation émotionnelle et d’autonomie. Visio sécurisée, Europe.

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